Une place publique ŕ Athčnes. Au centre, une tribune dorateur. Sur le côté, le péristyle dun temple, des statues de dieux et déesses, un autel, des guirlandes. Lucia (qui est encore une réincarnation dEve) se dirige vers le temple. Accompagnée de son fils, Cimon, et de plusieurs suivantes qui portent des offrandes, elle vient prier pour son mari, le général Miltiade. Sur la place, une foule désuvrée, patibulaire, va et vient en bavardant. Temps radieux.
EVE
Viens, mon fils chéri. Viens ici; regarde:
Cest de ce côté, sur sa nef rapide,
Que partit ton pčre, afin de combattre
La race barbare qui nous menace
Et la liberté de notre patrie.
Prions les dieux, mon fils, pour le triomphe
De notre peuple et le proche retour
Auprčs de nous de ton pčre héroďque.
CIMON
Pourquoi, si loin, est-il allé se battre
En te laissant ici te consumer?
Ces gueux, ces couards en valent-ils la peine?
EVE
Ne juge pas ton pčre, mon enfant.
Les dieux te maudiraient. La femme aimante
Seule a le droit de saffliger ainsi
Des grands exploits quaccomplit son époux.
Encor, vois-tu, que sil y renonçait
Elle aurait honte
Il fait son devoir dhomme.
CIMON
As-tu peur quil soit vaincu?
EVE
Non, mon fils.
Car ton pčre est un héros. Il vaincra!
La seule chose que je puisse craindre,
Cest que lui-męme il ne sache se vaincre.
CIMON
Que veux-tu dire?
EVE
Un mot puissant résonne
Au cur de lhomme, et cest lAmbition.
Lambition sommeille chez lesclave
Ou bien, bridée, elle enfante le crime.
Mais quand la liberté vient la nourrir
De son sang pur, elle croît noblement.
Son apogée, cest la vertu civique,
Mčre ŕ son tour des grandes actions.
Mais devient-elle trop puissante? Alors
Contre sa propre mčre elle se tourne:
Lune des deul devra saigner ŕ mort!
Si lambition devenait trop forte
Au cur de ton pčre et sil attentait
A notre patrie, ŕ ses droits sacrés,
Je le maudirais! Mon fils, viens prier
Cimon la suit dans le temple. Une foule qui ne cesse de croître sassemble sur la place pendant ce temps.
PREMIER HOMME DU PEUPLE
On ne sait plus ce que fait notre armée!
A-t-elle, seulement, vu lennemi?
DEUXIEME HOMME DU PEUPLE
Et tout le monde, ici, est endormi!
Personne ne fait plus, comme jadis,
De ces projets hardis qui exigeaient
Pour réussir la sanction du Peuple.
Jattends depuis laube, sur cette place,
Une offre quelconque pour mon suffrage.
PREMIER HOMME DU PEUPLE
Oui, on sennuie
Que pourrait-on bien faire?
TROISIEME HOMME DU PEUPLE
Un peu de chambard ne serait pas mal
Eve a allumé le feu de lautel, fait ses ablutions et sest préparée ŕ sacrifier aux dieux. Ses servantes chantent un hymne qui continuera, par moments, au cours de la scčne suivante. La place est maintenant pleine. Deux démagogues se disputent la tribune.
PREMIER DÉMAGOGUE
Décampe! Cette place mappartient.
Si je me tais, la patrie est perdue!
La foule lapprouve bruyamment.
DEUXIEME DÉMAGOGUE
Cest si tu parles quelle est en péril!
Allons, descends de lŕ, vendu!
Ricanements et applaudissements.
PREMIER DÉMAGOGUE
Vendu?
Si toi tu ne les pas, cest que personne
Naura voulu tacheter! Citoyens,
Cest avec peine que je parle. Car
Pour un cur noble il nest pire douleur
Que dabaisser la gloire et la grandeur.
Pourtant, je dois le faire, et arracher
Un homme illustre ŕ son char triomphal
Pour le livrer ŕ votre tribunal.
DEUXIEME DÉMAGOGUE
Le beau début
Va, canaille! Fleuris
La victime promise au sacrifice!
PREMIER DÉMAGOGUE
Va-t-en!
UN HOMME DU PEUPLE
Pourquoi écouter ce railleur?
La foule bouscule le deuxičme démagogue.
PREMIER DÉMAGOGUE
Je dois parler, męme si mon cur saigne
Car jai pour toi, ô peuple souverain,
Plus de respect que pour ton général.
DEUXIEME DÉMAGOGUE
Ces chiens qui attendent servilement
Ce qui tombe de la table du maître,
Tu les respectes? Je ne tenvie pas!
DES VOIX DANS LA FOULE
Il nous insulte! A bas! A bas le traître!
La foule malmčne le deuxičme démagogue. Sur lautel, Eve offre de lencens aux dieux et sacrifie deux colombes.
EVE
O, Aphrodite, écoute ma pričre.
Daigne accepter lencens du sacrifice.
Je ne viens pas te demander de ceindre
De vert laurier le front de mon époux,
Mais seulement daccorder promptement
A ce héros la paix de son foyer.
Éros apparaît, souriant, dans la fumée de lencens. Des Grâces lentourent et lui jettent des fleurs. Les sacrifiants se recueillent.
LES SERVANTES
Exauce sa pričre!
ÉROS
O, sois bénie,
Femme, par le Cur Pur!
LES NYMPHES
Que te protčgent
Les Grâces!
LES SERVANTES
Merci
Merci, Aphrodite.
PREMIER DÉMAGOGUE
O peuple, entends mon accusation:
Le grand Miltiade a vendu la patrie!
DEUXIEME DÉMAGOGUE
Tu mens! Écoutez-moi, ô citoyens!
Épargnez-vous de honteux repentirs
Avant quil soit trop tard!
PREMIER HOMME DU PEUPLE
Va-t-en, canaille!
Le deuxičme démagogue est emporté par un remous de la foule.
PREMIER DÉMAGOGUE
La fleur de ta jeunesse est en ses mains,
O peuple glorieux! Alors quil put
Semparer de Lemnos sans coup férir,
Devant Pharos, le voilŕ qui piétine!
On la payé!
TROISIEME HOMME DU PEUPLE
A mort!
PREMIER BOURGEOIS
Criez plus fort
Sinon vous serez chassés de mes terres!
Éros et les Grâces ont disparu. Eve a terminé son sacrifice.
EVE, se redressant.
Pourquoi ce tapage? Allons voir, mon fils.
CIMON
Cest un traître que lon condamne, mčre.
EVE, montant les degrés du péristyle.
Lorsque le peuple affamé juge un grand,
Mon cur se serre ŕ voir sa joie cruelle.
Que la grandeur sécroule dans la boue,
Et la plčbe linsulte; on dirait quelle
Veut justifier sa propre vileté.
DEUXIEME HOMME DU PEUPLE
Je crierais bien, mais je suis enroué
DEUXIEME BOURGEOIS
Tiens, voilŕ de quoi te graisser la gorge.
DEUXIEME HOMME DU PEUPLE
Que faut-il que je crie?
DEUXIEME BOURGEOIS
A mort, le traître!
DEUXIEME HOMME DU PEUPLE
A mort le traître! A mort!
EVE
Qui doit mourir?
DEUXIEME DÉMAGOGUE
Qui voudraient-ils tuer, sinon celui
Que ses vertus mettent au-dessus deux?
Car cest cela quils ne peuvent souffrir.
EVE
Miltiade! Cest lui quils veulent tuer!
Grands dieux
Et toi aussi, ô vieux Crispos,
Toi quil tira jadis de lesclavage,
Tu veux sa mort?
CRISPOS
Pardon, maîtresse:
Cest sa vie ou la mienne
On ma payé
Jai trois enfants
Leur pain est ŕ ce prix
EVE
Malheur ŕ toi, que la misčre abaisse
Jusquŕ ce point! Pourtant, je te pardonne
Si tu as faim
Mais toi, Thersite, et vous,
Vous tous dont le repos et le bien-ętre
Sont assurés ici par mon époux
Qui chasse lennemi loin de vos portes,
Ah, quelle ingratitude!
THERSITE
Il nous en coűte,
Maîtresse, crois-le bien
Hélas, que faire?
Cest le peuple qui veut cela! Oserions-nous
Braver ses flots pour y perdre nos biens?
PREMIER DÉMAGOGUE
Je vais prononcer le verdict du peuple.
Lucifer - en guerrier - fait irruption, lair affolé.
LUCIFER
Alerte! Lennemi est ŕ nos portes!
PREMIER DÉMAGOGUE
Cest impossible! Notre général
Tient le pays, toujours victorieux.
LUCIFER
Lennemi? Sachez donc que cest lui-męme.
Ce que vous tramez ici, contre lui,
Il la su et dans son cur a germé
La plus juste des colčres. Tremblez!
Tandis que vous pérorez, il accourt!
Et par le fer et le feu, promptement,
Il détruira la cité.
DEUXIEME DÉMAGOGUE, au premier et ŕ ses partisans.
Ah, félons,
Cest vous qui avez causé ce malheur!
LE PEUPLE
Abattons-les! Longue vie ŕ Miltiade!
Malheur ŕ nous! Fuyons! Sauve qui peut!
Tout est perdu!
PREMIER DÉMAGOGUE
Non, tout nest pas perdu!
Allons lui rendre hommage. Accueillons-le
Aux portes de la ville
EVE
Dieux! Grands Dieux!
Ta condamnation me fut cruelle,
Mais je souffre encor plus, ô mon époux,
Maintenant quelle est juste! Oui, alors męme
Que je te vois enfin me revenir
PREMIER HOMME DU PEUPLE
Que lon sempare delle et de son fils
Et quon les tue sil touche ŕ notre ville!
EVE
Jaccepterais volontiers de mourir
Pour lui. Mais que la malédiction
De la patrie épargne mon enfant!
CIMON
Ici, ma mčre, ne crains rien pour moi.
Ce sanctuaire nous protčge. Viens
Eve et son fils se réfugient dans le temple. Deux nymphes les protčgent en étendant derričre eux des guirlandes de fleurs. La foule, ŕ cette vue, recule. A ce moment, on entend retentir des trompettes. La foule se disperse avec effroi. Les nymphes disparaissent.
LUCIFER, il se frotte les mains en ricanant.
La farce est plaisante! Il est excellent
Pour lesprit de rire quand les curs saignent.
Il se tourne vers le temple.
Si seulement le tableau, toujours neuf,
De léternelle beauté mamusait!
Mais non, cela me dérange et mennuie.
Moi, je gčle en ce royaume étranger
Oů męme la nudité est pudique
Et qui ennoblit męme le péché
Et qui donne du sublime au destin
Avec la prodigalité de ses roses
Et de ses baisers naďfs. Ah pourquoi
Mon rčgne ŕ moi, monstrueux, tarde-t-il
A venir, soufflant le doute et leffroi,
Dissiper ce charme qui, sans faiblir,
Relčve lhomme abattu dans la lutte
Que vainement il soutient contre moi!
Mais nous verrons si lhorreur de la mort
Ne met pas fin ŕ ces pauvres jeux dombres.
Il se męle au peuple. Miltiade, blessé (cest Adam) fait son entrée ŕ la tęte de ses soldats. Le peuple et les démagogues savancent vers lui et le saluent servilement.
LE PEUPLE
Longue vie au héros! Pitié, grand homme!
ADAM
Quel crime avez-vous donc commis? Pourquoi
Me supplier ainsi? Le fort au faible
Que peut-il demander? Oů est ma femme?
Oů est mon fils? Ah, je crains un malheur:
Que ne sont-ils venus ŕ mon avance?
EVE
Que reviens-tu, Miltiade, en ta patrie
Si ton retour ne peut me réjouir?
Sadressant ŕ son fils.
Ah, soutiens-moi, je me sens défaillir,
Mon pauvre enfant qui nauras de ton pčre
Reçu pas męme un nom digne dhonneur!
ADAM
Hé, que veut dire tout cela? Le peuple
Implore mon pardon; mon épouse, elle,
Maccable et me maudit
Et ma poitrine
Saigne du sang versé pour ma patrie.
EVE
La patrie et mon cur saignent bien plus!
Que viens-tu faire en tęte de larmée?
ADAM
Nest-ce pas lŕ ce qui sied ŕ mon rang?
Je ne pouvais combattre plus longtemps:
Vois ma blessure
Et cest pourquoi je viens
Me libérer de mon commandement
Entre les mains du peuple souverain
Et lui en rendre compte. Vous, soldats,
Mes vaillants compagnons, je vous libčre.
Rentrez dans vos foyers. Reposez-vous.
Vous lavez mérité. Moi, je dépose
Sur ton autel, ô Pallas Athénée,
Ce glaive, et je te le dédie.
Ses officiers laident ŕ gravir les degrés du temple.
EVE
Miltiade!
Ah, quelle femme serait plus heureuse
Que je le suis! Vois ton fils, cher époux:
Quil a grandi! Et comme il te ressemble
ADAM
Mes bien-aimés
CIMON
Je le savais: mon pčre
Ne peut pas mal agir!
EVE
Tais-toi: jai honte;
Aurais-je dű loublier, moi sa femme?
ADAM
Mon fils, cest toi qui offriras mon glaive
A la déesse.
CIMON en suspendant le glaive au-dessus de lautel.
O déesse, prends soin
De ce glaive. Un jour, il sera le mien
Je viendrai alors te le demander.
EVE
Moi, la mčre et lépouse, il me revient,
Pour célébrer ce double sacrifice,
Dallumer cet encens. Vers nous, Pallas,
Abaisse tes regards!
Eve fait brűler lencens sur lautel. Le premier démagogue remonte ŕ la tribune.
PREMIER DÉMAGOGUE
Je disais vrai:
Cest un traître! Darius la acheté!
Quant ŕ sa blessure, cest une feinte.
Il ne veut pas combattre, voilŕ tout!
LE PEUPLE
A mort! A mort!
ADAM
Que signifient ces cris?
EVE
Ah, cest horrible, ils disent de nouveau
Que tu es un traître, Miltiade!
ADAM
Moi,
Qui ai vaincu ŕ Marathon?
EVE
Hélas,
Cest un monde affreux que tu as rejoint!
Le peuple - Lucifer dans ses rangs - se précipite vers le temple.
PREMIER DÉMAGOGUE
Que tardez-vous ŕ vous saisir de lui?
EVE
Demeure ici. Nul dans ce sanctuaire
Nosera pénétrer. Pourquoi as-tu
Licencié larmée, et que nas-tu
Incendié ce guępier criminel?
Cette canaille est bonne ŕ mettre aux fers!
Ils te savent leur maître par le sang
Et plus noble queux tous. Comme ils ont peur
De tomber ŕ tes pieds, ils te tueront!
PREMIER DÉMAGOGUE
Écoutez parler la femme dun traître!
EVE
Toute femme a le droit de protéger
Son mari, męme coupable. Encor plus
Lorsquil est pur comme est le mien! Et vil
Autant que vous lennemi qui laccable!
PREMIER DÉMAGOGUE
Peuple souverain, vas-tu te laisser
Outrager?
PREMIER HOMME DU PEUPLE
Peut-ętre dit-elle vrai
PREMIER BOURGEOIS
Qui le soutient est suspect! Criez donc,
Crapules! Sinon, vous mourrez de faim!
LE PEUPLE
A mort!
ADAM, ŕ Eve.
Couvre les yeux de cet enfant,
Quil ne voie pas mon sang couler. Et toi,
Éloigne-toi de moi
Il ne faut pas
Que, sur ce roc, la foudre qui sabat
Puisse tatteindre. O femme, seul je dois
Mourir. Pourquoi vivrais-je? Quand je vois,
Aprčs avoir lutté toute ma vie
Pour la Liberté, quelle nest quun leurre?
PREMIER DÉMAGOGUE
Quattendez-vous?
LE PEUPLE
A mort!
ADAM
Ce peuple lâche
Je ne le maudis point. Si la misčre
A fait de lui lesclave sanguinaire
Dune poignée dinfâmes imposteurs,
Cest sa nature et non sa faute
Moi,
Jétais bien fou de croire que ce peuple
Avait vraiment besoin de liberté.
LUCIFER, ŕ part.
Tu viens de graver ta propre épitaphe
Beaucoup de tombeaux porteront la męme
ADAM
Ce refuge ne me sied pas
Je veux descendre,
Soutenez-moi
Me voici, je suis pręt!
Il remet Eve entre les bras de ses servantes et descend les degrés du temple, appuyé sur deux amis.
DEUXIEME DÉMAGOGUE
Rien nest perdu, Miltiade. Défends-toi!
ADAM
Non! Car si je parlais pour me défendre,
Ma blessure me ferait trop souffrir.
DEUXIEME DÉMAGOGUE
Fais-le pourtant! Il ny a quun instant,
Le peuple encor se vautrait devant toi.
ADAM
Cest bien pourquoi ce serait inutile.
Leur propre ignominie, ces ętres vils,
Voilŕ ce quils ne pardonnent jamais.
LUCIFER,
Es-tu dégrisé?
ADAM
Hélas, tout ŕ fait!
LUCIFER
Conviens que tu fus pour ce peuple un maître
Plus noble que celui quil fut pour toi!
ADAM
Cela se peut, mais le mal est le męme!
Changeant de nom, cest le męme destin
Et il est vain de le vouloir combattre.
Moi, jy renonce
Ah, pourquoi les curs nobles
Sont-ils brűlés dune faim de grandeur?
Ne vaudrait-il pas mieux vivre pour soi,
Emplir de volupté, jusquŕ livresse
Sa courte vie et marcher vers lHadčs
Dun pas que la boisson fait chanceler?
Emmčne-moi par de nouveaux chemins,
Lucifer, que je puisse me moquer
De la douleur et des vertus dautrui
En ne songeant moi-męme quŕ jouir
Toi, femme qui, jadis, dans le désert
Comme mon cur semble sen souvenir,
Fit un arceau de fleurs pour mon repos,
Tu perds la tęte en croyant quil te faut
De ton enfant faire un bon citoyen.
Au lupanar, la fille aux joues fardées,
La bouche en feu de désir et de vin,
Te raille avec raison. Amuse-toi!
Jouis! Insulte la Vertu! Allons,
Marchons ŕ léchafaud. Pour me punir
Non de mętre abaissé, mais davoir cru,
Denthousiasme, ŕ une grande cause!
On apporte un billot devant le péristyle du Temple. Lucifer brandit une hache. Adam sincline.
PREMIER DÉMAGOGUE
Quon le mette ŕ mort! Vive la Patrie!
LUCIFER, ŕ mi-voix.
Le beau congé que voilŕ! Maintenant,
Monsieur le Noble Héros, sens-tu pas
Un frisson te parcourir, drôlement,
Sous le souffle de la mort?
EVE
Ah, Pallas,
Tu nas donc pas entendu ma pričre!
Le génie de la Mort, un jeune homme au regard doux, qui tient dune main une couronne et, de lautre, un flambeau renversé, sort du Temple et va vers Adam.
ADAM
Pallas ta exaucée, chčre Lucie!
Le ciel soit avec toi! Je sens la paix
Se répandre en mon cur.
LUCIFER
Ah, sois maudit,
Monde abusé par les illusions.
Encore un coup tu gâches mon triomphe.
EVE
Maudit sois-tu, peuple fauve et vulgaire!
Tu as détruit lâchement mon bonheur;
Sa fraîche fleur est lŕ, dans la poussičre;
La liberté te fut pourtant moins chčre
Que fut cruel le tourment de mon cur.